Figure de la scène romande, le metteur en scène Robert Sandoz est, depuis 2025, le directeur du Théâtre du Passage, à Neuchâtel.
C’est un habitué du Théâtre de Carouge, où il a déjà conquis le public avec Feydeau, Anouilh, Ramuz et son adaptation de La Règle du jeu de Jean Renoir. On peut saluer l’éclectisme et la curiosité qui le poussent à expérimenter toutes sortes de matériaux de théâtre. S’il vagabonde avec bonheur de texte en texte, il témoigne en revanche d’une grande fidélité artistique et s’entoure, pour cette première confrontation avec l’un des chefs-d’oeuvre du théâtre classique, d’une équipe de fidèles collaboratrices, collaborateurs et interprètes.

Dom Juan est sans doute la pièce de Molière la plus complexe : écrite après le scandale qui a entouré Le Tartuffe, comme une réponse à l’hypocrisie des faux dévots, elle a pour héros un bien curieux personnage : séducteur compulsif, athée iconoclaste, observateur froid d’une société qu’il abhorre, Dom Juan fuit ses détracteurs comme s’il tentait d’échapper à lui-même.
Son credo : n’en faire qu’à sa tête, sans la moindre compassion, porté par un égoïsme chimiquement pur. Face à lui, son valet, Sganarelle, qu’il sadise autant qu’il considère, sorte d’alter ego inversé, est plein de bon sens et d’humanité, mais dénué de tout courage.
Alternant les registres, du comique farcesque au sérieux, voire au tragique, Dom Juan est une oeuvre aux mille facettes, qui selon la manière dont on l’éclaire, peut révéler bien des trésors.
Robert Sandoz désire ouvrir la focale au-delà du duo et expérimenter la choralité, assumer l’existence d’un petit groupe emporté par le tourbillon des événements. De cette manière, et en s’attachant davantage au parcours de Sganarelle qu’à celui de Dom Juan, il cherche à souligner les effets délétères de la lâcheté, voire de la compromission, face à un individualisme débridé. Si Dom Juan apparaît comme l’Homme moderne qui nous libère de la religion, il est aussi le premier cynique, dont les avatars présents glacent d’effroi et obligent à une réaction collective. Comme il est donc question d’honneur, d’amour bafoué et de vengeance, le metteur en scène transpose l’action dans un Mexique de Fête des Morts, chatoyant, saturé de fleurs, de musique, de fantômes, propice au dénouement fatal qui rétablit, au moins sur les planches, l’ordre des choses et la justice du Ciel.